L’´INTERNEMENT DE JULIETTE GRECO A LA PRISON DE FRESNES..

 

L’´INTERNEMENT DE JULIETTE GRECO A LA PRISON DE FRESNES

Septembre 1943. Juliette Greco âgé de 16 ans et sa sœur Charlotte de trois ans son ainé arrivent à Paris. Leur mère qui appartient au réseau Résistance Sud.vient d’être arrêtée. Elles ne se sont pas aperçus qu’elles ont été prises en filature . Elles sont arrêtées par des agents de la Gestapo et emmenés à leur siège de l’Avenue Foch. Juliette qui se doute que le sac de sa sœur contient des papiers compromettants l’échange discrètement avec le sien. En attendant d’être interrogée, Juliette demande à aller aux toilettes où elle fait disparaître les papiers dans la cuvette des WC. Au cours de son interrogatoire où on l’accuse d'avoir une fausse carte d'identité et de porter un faux nom., Juliette Greco est sévèrement battue. La grande artiste s’illustre par son courage assénant un coup de poing en réponse au policier qui lui avait donné une double claque « Je ne sais plus combien de claques, de coups de poing ont blessé mon visage, m'ont meurtrie à jamais. J'ai eu mal. Mal aux lèvres qui saignaient, mal aux joues qui brûlaient, mal aux os qui craquaient sous les coups. J'ai perdu la notion du temps, j'ai perdu pied, je n'ai plus vu mon agresseur, juste les coups. » . Les deux sœurs Greco sont transférées à la prison de Fresnes. Cet emprisonnement à la cellule 322 de Fresnes marquera considérablement Juliette Greco qui avait vécu une enfance plutôt protégée avec une éducation bourgeoise, comme elle l’expliquera « J’avais déjà un tempérament mutique, mais après la prison, je ne voulais plus parler. J’y avais connu l’insulte, le mépris, les humiliations. Comme ce moment si blessant où l’on nous obligeait à sortir nues de la douche. Mortifiée, je serrais ma robe contre moi. A 16 ans, c’est insupportable. Je pense qu’il y a très peu de gens à m’avoir vue toute nue depuis cet épisode. Je ne pouvais plus. » . Elle en gardera un sentiment de révolte et à dégoût pour ces Français qui se sont mis au service de l'occupant nazi... Juliette est finalement libérée par la Gestapo après quelques semaines d’emprisonnement. Elle se retrouve seule, sans argent et sans carte d'alimentation J3 avec seulement un ticket de métro seulement vêtue d’une robe d'été bleu marine, d’une veste de raphia et de chaussures de toiles . Elle se rend alors vers l'unique personne qu’elle connaît : son professeur de français, Hélène Duc, qui habitait à Odéon. Juliette Greco qui souffre de la faim et du froid et trouve du réconfort en se rendant « Aux Deux Magots » où elle fait connaissance de nombreux jeunes artistes et d’intellectuels comme Jacques Prévert, Jacques Audiberti, Pablo Picasso, Marcel Mouloudji, Maurice Merleau-Ponty, Jacques-Laurent Bost, Albert Camus, Pascal Pia qui lui redonnent gout à la vie . « De cette période je garde le souvenir de moments difficiles, d'un pays, d'une ville assombris par l'Occupation mais, curieusement, je me souviens aussi du plaisir de découvrir Saint-Germain-des-Prés, ce grand village qui rassemble une jeunesse enthousiaste. Le bruit des bottes allemandes a épargné ce quartier » . La carrière extraordinaire de Juliette Greco venait de débuter...... ( Extrait Leur Seconde Guerre Mondiale. Edition Buchet Chastel. A paraitre le 22 octobre 2020)

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